Exposition mycologique 2003

 

Les oiseaux de mauvaise augure, après avoir consulté des viscères de chien ou des entrailles de volailles tel le devin d’Astérix, nous avaient prédit la catastrophe: point besoin de se rendre dans les bois, des champignons, il n’y en aurait pas. La météo, de son côté, persistait dans le temps sec, en y ajoutant une bonne dose de froid alors que nous avions besoin de la chaleur et de l’humidité : après le beau temps, la pluie, demandions-nous sans succès. Mais à Chemins et Rencontres, rien ne nous décourage et nous n’écoutons jamais l’avis d’un quelconque chaman mongol qui cherche son inspiration en « lisant » dans une épaule de mouton, nous suivons plutôt la déesse de la raison : pour savoir s’il y a des champignons, la meilleure façon, c’est d’aller les chercher là où ils doivent pousser, par monts et par vaux, par bois et forêts.

Comme toujours, la ténacité a payé. Les champi- gnons ne poussaient pas par centaines, les variétés étaient bien moins nombreuses que les années précédentes et pour préparer
 un repas, mieux valait aller dans une champignonnière. La cueillette fut cependant suffisante pour ouvrir fièrement notre exposition. Quelques vieux fidèles, présents chaque année depuis plus de 15 ans, nous avaient abandonné, peut-être victimes de la canicule estivale: le bolet rude, la collybie tachée et la langue de bœuf. La relève était assurée par sept nouvelles espèces trouvées, ou plus exactement identifiées, pour la première fois tel le strophaire coronille ou le lactaire enfumé

Strophilaire coronille

La moins grande diversité permettait une présentation plus claire et valorisait ainsi les travaux de décoration. L’absence de certaines variétés typiques tel l’agaric anisé ou le pied bleu, si elle était

 regrettable d’un point de vue pédagogique, contraignit les visiteurs à s’intéresser à d’autres espèces, qui, bien que moins connues car ni mortelles ni comestibles, sont des curiosités de la nature tel le polypore géant qui atteint aisément 80 centimètres de diamètre ou la poule des bois qui ressemble à un poulet tant par ses multiples chapeaux que par sa couleur.

Lactaire enfumé

Les visiteurs purent utiliser tous les sens pour apprécier pleinement l’exposition, car si de nombreux champignons s’identifient d’abord visuellement par leur forme ou leur couleur, la mycologie utilise aussi le toucher pour vérifier la russule charbonnière à son contact de lard gras, le goût pour séparer les russules âcres des russules douces et l’odorat fort utile pour de nombreuses espèces. Ainsi tout en flânant, les plus curieux ou ceux dont les sens sont les plus aiguisés purent identifier le clitocybe odorant ou l’agaric semotus qui sentent l’anis ou bien le lactaire à odeur de noix de coco. Finalement seule l’ouie ne servit pas, car jamais un champignon ne s’est plaint d’être exposé devant un public averti.

Poule des bois

M. Vanecke, mycologue passionné, avait apporté son microscope et montrait, agrandis jusqu’à plus de 1000 fois de minuscules morceaux de lamelles de champignon afin que nous puissions voir la moindre spore. Même si parfois le vocabulaire précis échappait aux néophytes, nul n’était insensible à la beauté des observations et à la passion de l’officiant.

Pour résumer nous pourrions dire, en empruntant le langage de nos chers, trop chers technocrates anglophiles que cette journée fut comme toujours une journée « win – win » (gagnant - gagnant), l’exposition permettant à Chemins et Rencontres de se faire connaître, Chemins et Rencontres permettant à cette exposition d’exister

 Jean-Jacques F.

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