Exposition mycologique
(ou la victoire de l'opiniâtreté

2002 ne restera pas dans les mémoires de mycologues comme une année de réfé-rence. Si la pluie avait été trop généreuse pour les va-canciers, la sécheresse de septembre était tout autant malvenue, du moins pour les amateurs de champignons. Le pire était même à crain-dre : une exposition avec un seul champignon de Paris acheté sur le marché !

Samedi après-midi, en pré-parant l'exposition photo et en décorant avec toujours autant de goût la salle trop sombre de la Maison de quartier, nos artistes pouvaient encore se demander s'il était nécessaire ou non de laisser sur les tables couvertes de feuillages colorés, de fougères et de marrons, de la place pour quelques champignons miraculés.

Mais, comme toujours, le courage et la persévérance ont été récompensés. .Les heures de marche pour tra-quer le moindre bolet dans sa tanière profon-de, pour ramasser le plus petit strophaire caché dans un taillis, pour cueillir l'amanite isolée à défaut d'être solitaire ou la coulemelle vraiment déguenillée par le manque d'eau, n'ont pas été vaines. Bien sûr les 94 espèces présentées, dont quatre venaient en ligne droite du marché d'Eaubonne, sont loin des records mais elles ont néanmoins laissé pantois nos confrères des associations voisines qui pensaient, tout comme nous d'ailleurs, que la récolte serait plus maigre encore

Curieusement les quinze espèces qui ne nous ont jamais fait défaut depuis quinze ans, étaient là. Ces champignons, du polypore du bouleau au bolet rude en passant par l'amanite citrine et la coulemelle, font partie des vieux fidèles de Chemins et rencontres et ils méritent à ce titre une médaille. Si la variété était plus ou moins là, les quantités étaient par contre au niveau le plus bas. Nombreuses étaient les espèces présentées en un ou deux exemplaires au lieu de remplir de pleines assiettes : une seule coulemelle, deux ou trois bolets à pieds rouges, trois microscopiques chanterelles en tube ne faisaient pas oublier les cageots débordants des années précédentes. Notre unique cèpe de Bordeaux, quoique fort imposant, ne permettait pas de conclure notre samedi par un repas mycologique, aucun d'entre nous ne se contentant d'une lamelle de russule, d'une rondelle de pied de bolet ou d'un pli de chanterelle.

Cependant quelques espèces avaient profité de cette météo insolite, en particulier les pholiotes ridées plus nombreuses que d'habitude. Certains spécimens frisaient le gigantisme telle cette langue de bœuf de la taille et de la forme d'une selle de tracteur ou cet énorme ganoderme luisant.

La pluie du dimanche ne découragea pas les visiteurs. Ils étaient surpris de la variété des espèces exposées et admiratifs comme toujours quant à la présentation.
Ils profitaient pleinement de leur visite en découvrant au travers de magnifiques photos amoureusement choisies, toutes les activités de Chemins et Rencontres. Notre exposition n'est pas dans le livre des records en terme de diversité d'espèces de champignons, mais elle est parmi les plus belles de la région car elle associe harmonieusement les champignons présentés dans un décor d'automne et une exposition photographique artistique pour les visiteurs et émouvante pour nous tous.


La présence insolite de l'amanite des césars, cet excellent champignon méridional qui ne pousse pas dans le nord de la région parisienne, nous obligea à reconnaître qu'elle venait du marché. Des incrédules s'obstinaient à vouloir ouvrir le bocal du satyre puant, convaincus, bien à tort, que nous exagérions sur la puanteur du phallus, et quelques curieux préféraient regarder les espèces que nous n'avions pu identifier. Comme chaque année, nous avons entendu la phrase qui tue : " il est joli, c'est étonnant qu'il ne soit pas comestible " et, inlassablement, nous avons essayé de persuader nos visiteurs d'être rigoureux et prudents dans l'identification.
Heureusement, les adeptes du principe de précaution -"je ne sais pas, je ne mange pas"- sont les plus nombreux.

Le traditionnel pot qui récompense les bonnes volontés se termina sur une note humoristique. Le morceau de bois brûlé en forme de demi-sphère qui nous faisait sourire depuis deux jours : " on dirait un champignon malgré ses cernes concentriques ", "on va le mettre sur une table comme une nouvelle espèce", était bel et bien un vrai champignon : la daldinie concentrique. Serge, qui persistait en disant que le morceau de bois sentait le champignon, avait raison contre tous les spécialistes.

Jean-Jacques Fontaine
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