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A Chemins et Rencontres nous savons tous que l’important est de faire les choses telles qu’elles doivent
être faites, avec sérieux mais dans la bonne humeur. Pour notre exposition annelle, il nous faut choisir
des tableaux, trier des photos, cueillir des champignons, ramasser fleurs et feuillages, décorer et préparer
la salle des Calandres et faire des milliers d’autres tâches, nobles ou ingrates, modestes ou
spectaculaires.
Pourtant cette année nous avions la crainte de décevoir nos visiteurs car notre bonne volonté pouvait
être insuffisante pour compenser une récolte mycologique que nous prévoyions désastreuse. La sécheresse
persistante, associée à des températures estivales, n’était pas de bon augure et la visite des expositions
des communes avoisinantes confirmait ce diagnostic pessimiste : la forêt était sèche, le champignon était
rare. Nous cherchions tous en vain quel pouvait être le remède infaillible: multiplier le nombre de bois
visités, faire une procession ou embaucher un chaman capable de faire venir la pluie.
Mais faute de solution miraculeuse, nous sommes restés fidèles à la tradition : mettre un pied devant
l’autre dans les bois et forêts avoisinants et remplir cagettes et paniers avec nos trouvailles, même si
inconsciemment le rythme de la promenade–cueillette a été un peu plus rapide que les années précédentes,
les pauses plus courtes, le retour à la maison plus tardif.
Dès samedi midi, bien avant l’heure de l’inauguration, nous savions que notre courage et notre opiniâtreté
avaient été récompensés et nous pouvions regarder le résultat avec un mélange de fierté et d’humilité:
l’exposition pour sa partie « champignonneuse » serait modeste mais honorable.
L’exposition en elle-même mit à profit notre expérience de l’an passé afin de mieux profiter de cet
espace à l’éclairage naturel, favorable à l’examen des champignons avec leurs vraies couleurs et à
l’observation des œuvres de nos artistes. Cette année nos futurs Van Gogh aux œuvres transcendantes dues
à des progrès constants avaient été rejoints par des Lartigue en herbe, la photographie artistique devenant
le complément naturel des nombreuses activités qui se mêlent étroitement au sein de Chemins et Rencontres.
Tant pour partager les bons moments passés ensemble que pour se remémorer les oiseaux, les fleurs, les
paysages admirés au cours des sorties, la photographie est un moyen privilégié et avec un peu d’attention
et quelques conseils, le souvenir devient une œuvre d’art.
Comme chaque année, les nombreux visiteurs louangèrent la magnifique décoration, avec des idées toujours
nouvelles valorisées par une réalisation irréprochable et apprécièrent les divers diaporamas, que ce soit
ceux liés aux activités de notre association ou celui de Patrick Vanecke consacré au monde passionnant
des champignons.
Dans le domaine mycologique, la véritable surprise venait du nombre d’espèces récoltées pendant une
période si sèche. Aucune des dix espèces que nous trouvons tous les ans depuis que nous exposons n’était
absente et la coulemelle était aussi abondante sur les tables que dans les bois avoisinants. D’autres
espèces, bien qu’assez rares cette année lors des promenades sylvestres, avaient été collectées.
L’amanite tue-mouche côtoyait l’amanite rougissante et la langue de bœuf trônait au milieu de congénères
moins comestibles. Nous avons même récolté pour la première fois six nouvelles espèces tels le bolet
élégant ou la russule xérampéline. Bien sûr la température trop élevée desséchait rapidement notre
récolte et nuisait à la présentation mais ce désagrément nous paraissait bien dérisoire en regard de
la crainte que nous avions eu de ne devoir exposer que des champignons issus des marchés communaux.
Tout comme l’inauguration du samedi s’était conclue par le verre de l’amitié, la première journée
d’exposition s’achevait sur un kir tourangeau qui humidifiait les glottes déshydratées des derniers
fidèles trop bavards
Mycologius Heriniacus
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