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Un petit rappel s'impose ; il faut se rendre compte qu'à l'époque l'ensemble des travaux de terrassement s'accomplissaient à la main ou avec l'aide du cheval. Amener l'eau au Château de Versailles nécessitait de résoudre un problème d'une ampleur et d'une difficulté comparable à l'alimentation actuelle de la région parisienne en eau. A l'époque de Louis XIII, on entend déjà parlé
de l'étang de Clagny ; une pompe située dans le fond du
parc de Versailles alimentait le château en 1663. Le Vau construisit
un édifice appelé " la grande pompe " composé
d'un corps central abritant les pompes et flanqué de deux bâtiments
contigus destinés à recevoir l'eau. L'installation construite
par Joly comprenait quatre pompes actionnées par deux manèges
à chevaux. On retrouve ainsi le premier système d'alimentation
en eau des bassins par gravitation comme actuellement. La pompe de Joly
fut ensuite mue par trois moulins à vent que Le Vau fit édifier
au nord de l'étang de Clagny. En 1685, l'étang de Villiers et " étang neuf "de Saclay complétèrent ce réseau parallèle aux 3 étangs inférieurs, situé plus au nord, le système " réseaux supérieurs " voit le jour à partir de 1684. Il comprend les retenues du Mesnil St-Denis, delà chaîne St-Hubert, Pourras, Corbet, Bourgneuf et Hollande, l'étang de la Tour au sud-est de Rambouillet et de l'étang de Perray achevé ensembles formant les " Etangs supérieurs " se jetaient dans le carré de Trappes au-dessus des Réservoirs Gobert et pouvaient alimenter par gravitation les réservoirs de Montbauron qui furent réalisés sur l'ordre de Louvois en 1685 et pouvaient recevoir à la fois les eaux de la Seine (machine de Marly), et celle des " Etangs supérieurs ".Les " Etangs supérieurs " quant à eux parvenaient au Carré de Saclay et alimentaient les réservoirs Gobert. Entre Rambouillet et Versailles un vaste réseau permettait le drainage et l'écoulement du plateau sur 34 kilomètres, modifiant radicalement les disparités hydrographiques naturelles ; au point qu'à présent il paraît délicat de l'abandonner. En tout treize étangs et retenues d'eau pouvant stocker près de huit millions de mètres cubes d'eau, près de deux cent kilomètres de rigoles dont vingt cinq en réseau souterrain, recueillent les pluies tombées sur plus de treize mille hectares. Il faut bien avouer qu'il s'agit pour l'époque d'un travail gigantesque. Mais le système des étangs présentait l'inconvénient
de dépendre de la pluviométrie, d'autre part ces eaux de
ruissellement n'étaient guère propres à la consommation.
Aussi, un projet gigantesque vit le jour : celui de refouler l'eau de
Seine sur le plateau de Louveciennes. Une humilité dont nous faisons preuve assez volontiers
lorsqu'il s'agit du patrimoine monumental et artistique du passé,
mais dont nous sommes plutôt avares lorsqu'il bouscule nos certitudes
et bat en brèche notre naïf complexe de supériorité
dans le domaine des sciences et des techniques. Certitudes et supériorités
qui nous ont aveuglé au point de n'avoir pas su reconnaître
la grandeur et l'audace d'un système capable de détourner
et de canaliser les cours d'eau, en utilisant les lois de la nature au
point, parfois de l'avoir détruit.
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