HISTOIRE DE L'EAU A PARIS DU MOYEN-ÂGE A NOS JOURS


DANS CET EXPOSE SERONT DEVELOPPES LES RESSOURCES, LES PROBLEMES D' APPROVISIONEMENT, DE POLLUTION ET
D'EVACUATION DE L'EAU

INTRODUCTION PARIS ET L'EAU SOURCE DE VIE
I /- LE PARIS DU MOYEN-ÂGE - LA CAPITALE DE LA POLLUTION
II /- LA RENAISSANCE
III /- PARIS SOUS HENRI IV
IV /- LOUIS XIV - LES PREMIERS GRANDS CHANGEMENTS
V /- LE XVIIIème SIECLE
VI /- DE NAPOLEON 1ER A LOUIS PHILIPPE
VII /- DU SECOND EMPIRE A NOS JOURS LES GRANDS BOULEVERSEMENTS
VIII /- CONCLUSION

INTRODUCTION PARIS ET L'EAU SOURCE DE VIE

L'eau, composant essentiel à la vie, au même titre que l'air, la terre et le feu a toujours été un élément déterminant dans le choix d'implantation d'un village comme d'une grande métropole.
L'eau nécessaire à la vie d'une cité, mais aussi facteur essentiel et primordial à son développement, sa croissance et ses communications. La voie d'eau, facteur développement interne et externe : usage domestique (consommation et hygiène), usage artisanal et industriel, évacuation des déchets et des eaux usées, moyen de transport pour les hommes et les marchandises, mais aussi lien d'échange des idées et des capitaux.
Paris n'échappant pas à cette règle, ses armoiries (un navire), sa devise ("fluctuat nec mergitur": "Il est battu par les flots, mais ne sombre pas"), sont celles des anciens marchands de l'eau de la ville. Le chef de ceux-ci fut à plusieurs reprises le Maire de Paris sous le nom de prévôt des marchands.
L'eau à Paris malgré la présence de ce grand fleuve la traversant de part en part devint vite un bien rare, sa qualité étant vite altérée par la pollution inhérente à toute concentration humaine en milieu urbain.
Les sources auxquelles s'ajoutaient au Moyen âge quelques adductions artificielles telles que puits ou aqueducs étaient le plus souvent réservées au domaine privé tels que résidenses royales et monastères.
Les puits, quand à eux étaient plus nombreux rive droite que rive gauche parce que moins profonds. La nappe phréatique n'étant pas à la même profondeur sur les deux rives (10 mètres au nord contre 30 mètres au sud). L'eau puisée est généralement de mauvaise qualité, très chargée en sels minéraux.
C'est l'histoire de ce fragile équilibre entre les ressources en eau de la capitale et les effets induits par ses rejets sur la pollution de la Seine qui vous sera ici présentée.

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I /- LE PARIS DU MOYEN-ÂGE - LA CAPITALE DE LA POLLUTION

La pollution ne date pas d'hier. Dès l'Antiquité, le développement des premières cités provoqua, de part la souillure de leurs rues et voies de communications, la contamination des nappes phréatiques et des eaux superficielles par des bactéries pathogènes.
Ce problème a été, et demeure, une cause importante de mortalité (choléra, hépatites ou salmonelloses par exemple ).
Les Romains réagirent les premiers à ce phénomène en créant dans leurs citées les prémices de ce que sont actuellement nos réseaux d'alimentation en eau et d'égouts.
En 52 après J C , les Romains, eux-mêmes grands consommateurs d'eau et experts en travaux hydrauliques (ou tout du moins grands précurseurs), captent l'eau des sources situées dans la région de Cachan et de Rungis et la transportent à Paris par l'aqueduc d'Arcueil. Celui-ci alimente les Thermes du quartier latin. Sur la rive droite, sera construit l'aqueduc d'Auteuil, chacun d'eux fournissant 1500M3 d'eau.
Ces ouvrages seront détruits par les Barbares en 285. Les infrastructures souterraines n'étaient peu ou pas existantes. La citée étant peu développée, l'amont de la Seine sert à l'approvisionnement et l'aval, d'égout.
A l'inverse de l'habitat de l'antiquité qui n'offrait que peu d'ouverture, et où la vie était entièrement repliée sur une cour intérieure, celui du Haut Moyen-Âge est délibérément tourné vers l'extérieur, c'est-à-dire vers la rue. Une véritable révolution dans les moeurs, où toute l'activité et la vie sont tournées vers le dehors. Le commerce et l'artisanat se pratiquent dans la rue à la vue des passants. Les corporations et leurs échoppes se regroupent par quartier.
Dix siècles plus tard, les descriptions faites du Paris du Moyen-Âge, sont toujours aussi effarantes en matière d'hygiène. Le contenu des pots de chambre continue d'être versé par les fenêtres. Les rues, elles, ne sont guère entretenues, et les pluies d'orage ont bien du mal à les nettoyer de leurs immondices et excréments. Ces égouts à ciel ouvert, lorsqu'ils bénéficient d'une pente suffisante, ne servent qu'à polluer un peu plus la seule source d'alimentation en eau potable de l'époque, c'est-à-dire la Seine.
Les rejets des tanneries, teintureries et autres artisanats, ne font qu'ajouter à ce processus d'auto destruction d'un élément pourtant vital à la bonne santé des populations.
L'hygiène corporelle n'est, elle aussi, pas des plus irréprochable. En effet, les bains ont mauvaise réputation et passent pour préjudiciables à la santé.
Les rues, véritables cloaques à ciel ouvert, pour la plupart, nous ont laissé, de part leurs noms, des témoignages souvent plein d'humour : rue Foireuse, rue du Bourbier, rue de Basse-Fesse, Bougerue du Pipi, rue des Aysances, impasse du Cloaque et bien d'autres.
Le nettoyage des rues, que l'on ne commencera timidement à paver que sous l'impulsion de Philippe Auguste, n'est assuré que très irrégulièrement, par exemple au moment des entrées Royales ou durant les périodes d'épidémies. Dans les premiers cas, les habitants sont tenus de curer les rues eux-mêmes, car il n'existe évidemment pas de services de voirie. Dans le deuxième cas, obligation est faite de mettre les ordures et détritus dans des paniers qui seront, par la suite, ramassés par des charretiers.
Ces mesures n'ont qu'une durée limitée et, très vite les mauvaises habitudes reviennent jusqu'à la prochaine épidémie.
Cette pollution, appelée souillure à l'époque, et ce manque d'hygiène, sont sûrement à l'origine de cette catastrophe nationale de la peste noire, (1347-1349) qui fît 80 000 morts, rien qu'à Paris.
Il faudra attendre le XIIème siècle pour que les sources des collines de Belleville et de Ménilmontant soient captées et que les premières fontaines fassent leur apparition sur la rive droite, comme par exemple, celle des Innocents près des Halles. On en dénombrera seulement six vers 1400 et dix-sept vers 1500.
A la fin du Moyen-Âge, seules 200 maisons sont alimentées par des canalisations en eau de source du Pré Saint-Gervais, Belleville ou Rungis. La majorité des habitants a donc recours aux fontaines publiques pour leur alimentation en eau potable ou bien, sont réduites à puiser l'eau de la Seine en amont.

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Ce n'est qu'au XIIIème siècle que les rues des grandes artères de la ville seront enfin toutes pavées, la plupart pourvues d'un ruisseau central où viennent se déverser les eaux souillées des maisons par une goulotte transversale. Chaque habitant était tenu de nettoyer la rue devant sa maison. L'hygiène corporelle n'est pas oubliée, avec plus de 26 établissements de bains publics ou étuves. Nombre de maisons étaient également pourvues de "privés", "longaignes" ou "retraits", c'est-à-dire de toilettes ou latrines, généralement situées en haut de la maison dans un recoin. Un conduit se déverse dans des fosses, généralement assainies par un ajout de cendres de bois, possédant la propriété de décomposer les matières organiques.
Dans les établissements monastiques, il y avait généralement autant de latrines que de cellules.
Une hygiène somme toute nettement supérieure aux siècles qui vont suivre.
Malheureusement à cette période, du fait du manque de place croissant à l'intérieur de l'enceinte de Paris ( qui est encore celle de Phillippe Auguste ), on crée de nombreux puits secs dits "trous punais", qui remplacent l'épandage de surface par l'épandage en profondeur et ont pour résultat de polluer la nappe phréatique et l'eau de boisson prélevée dans les puits.
Parallèlement, l'artisanat continue son expansion au bord du fleuve ; les lavandières qui battent le linge ; les tripiers qui nettoient le boyau ; les drapiers qui
trempent leurs étoffes ; sans oublier les marchands de volailles, les teinturiers, les tanneurs et mégissiers de la Bièvre.
Tout se déverse à la Seine, les denrées avariées des halles, les charognes de la grande boucherie, les déjections de l'Hotel Dieu et autres ordures.
Et c'est pourtant là que les porteurs d'eau puisent le matin, l'eau que les parisiens sont obligés de boire.
La peste de 1347 incita Charles V à demander la création de nouveaux fossés d'évacuation (couverts), car l'on pensait à cette époque que les odeurs engendraient la transmission des maladies. Telle était la politique d'assainissement qui évoluait au rythme des épidémies.
A la fin du XIVème siècle, sous les murs de Paris, les voiries assignées au dépôt des immondices sans cesse repoussées finissent par prendre des proportions énormes et changent la configuration des sols. En témoignent la Butte Saint-Roch ou la Butte aux Cailles.
Cerné de la sorte, on peut comprendre que Paris était une proie facile offerte à tous les fléaux (lèpre, choléra, peste, petite vérole, etc...), bien que pourtant l'hygiène corporelle depuis le XIIIème siècle ait nettement progressé par rapport au début du Moyen-Âge.
Le XVème siècle n'apporta guère de transformations sensibles, outre la construction de trois nouvelles fontaines. Deux sur la rive droite et une dans la Cité.

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II /- LA RENAISSANCE

Le début du XVIème siècle est marqué par les épidémies.
La coqueluche, en 1510. Une toux inextinguible, dont les parisiens croient se protéger en s'enveloppant la tête dans une "coqueluche", sorte de capuchon qui donnera son nom à cette étrange et mortelle maladie. Les victimes devaient se
signaler en plaçant devant leur fenêtre, une botte de paille.
La peste, à nouveau, en 1522.
Diverses mesures sont prises comme l'interdiction d'élever des pourceaux, lapins et autres volailles dans Paris ; arrêter les "trous punais"; créer des fosses à retrais dans chaque maison. En 1578, Henri IV ordonna le remplacement des anciens pavés de l'époque Philippe Auguste, de grandes dalles appelées carreaux (d'où l'expression "le carreau des Halles" ou "rester sur le carreau"), par des pavés plus réguliers. Il se heurta à la mauvaise volonté des multiples seigneurs qui avaient encore, jusqu'au XVIIème siècle, le droit de voirie.
La Bièvre et le Rû de Ménilmontant sont devenus des égoûts à ciel ouvert. Des immondices se déposent sur les berges par fortes crues.
La mère de François 1er, la Duchesse d'Angoulème, décide même de quitter le château des Tournelles, où l'atmosphère devient irrespirable en été, pour aller s'installer dans une maison plus éloignée qui deviendra un jour le Palais des Tuileries.
L'hygiène corporelle, elle aussi, recule avec la baisse de fréquentation des "étuves", ces bains publics accusés de devenir des lieux de débauche. L'hygiène perdit ce que gagna la morale

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III /- PARIS SOUS HENRI IV

Paris compte, sous Henri IV, environ 300 000 habitants.
A son initiative, de nombreuses ordonnances sont prises pour tenter d'améliorer la situation. Entre autre, il charge deux entrepreneurs de s'occuper du nettoiement des voies publiques, à la décharge des bourgeois qui en avaient la responsabilité. Le financement sera trouvé par de nouvelles taxes sur les droits d'entrée du vin dans l'enceinte de la Citée. Malheureusement, l'effet sera dérisoire.
Par contre, son action envers l'alimentation en eau de la capitale, sera plus marquante. A partir de 1578, Henri IV fait construire la pompe dite de "la Samaritaine", sur le Pont Neuf, permettant ainsi, par un système hydraulique, de "faire remonter les eaux de Seine plus haut que leur source". Cette pompe alimentera le Palais du Louvre et des Tuileries, à partir de 1608, (400M3/jour).
Marie de Médicis, de son côté, lasse du Palais du Louvre, fit construire un palais sur la rive gauche sur des terres qu'elle avait achetées, au Duc François de Luxembourg, en 1615.
Pour l'alimenter en eau, elle ordonna la construction de l'Aqueduc d'Arcueil (1 000M3/jour qui seront répartis comme suit : un tiers pour le Palais, un tiers pour l'alimentation de 14 fontaines sur la rive gauche et le dernier tiers à la discrétion de l'entrepreneur).

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IV /- LOUIS XIV - LES PREMIERS GRANDS CHANGEMENTS

C'est après la mort de Mazarin que les choses seront sérieusement prises en main.
Le Lieutenant Général de Police Nicolas de la Reynie, sera chargé d'établir de nouvelles fontaines, creuser de nouveaux égouts, construire de nouveaux quais, forcer les Parisiens à paver devant leur porte, nettoyer les rues, et surtout, les vider de tous ces petits revendeurs receleurs et savetiers qui les encombraient. La nouvelle pompe hydraulique du Pont Notre-Dame, allait alimenter 21 fontaines supplémentaires.
A la fin du XVIIème siècle, Paris dispose, pour une population de 500 000 âmes, d'un volume d'eau total de 2700 M3/jour. La provenance est répartie comme suit : la moitié provient des eaux de sources du Pré Saint Gervais, de Belleville et d'Arcueil. L'autre moitié provient de la Seine, grâce aux pompes Notre-Dame et de La Samaritaine.
La répartition est de 950 M3 pour les eaux du Roy, 300 pour l'entrepreneur et 1450 pour 61 fontaines publiques.
Pendant cette période, les égouts parisiens n'évoluent guère. En 1663, il y a dans Paris 2354 mètres d'égouts voûtés et 8057 mètres d'égouts découverts, y compris le Rû de Ménilmontant surnommé "le grand égout".
La pollution de la Seine ne fait que croître.
En 1670, un siècle après Henri II, Colbert suggère de faire réaliser un curage des égouts par des galériens. Quelques uns s'évadent, les autres meurent asphyxiés, et le projet est abandonné. La rue demeure un bourbier puant où officient des pontonniers volants aidant les bourgeois à traverser sur des planches visqueuses.
En 1676, aidé de Monsieur Riquet, (constructeur des Pompes Notre-Dame et du canal du Languedoc), Colbert projette de faire creuser un canal afin d'amener de Lizy à Paris, les eaux de l'Ourcq. Malheureusement Colbert et Riquet meurent, et l'Etat manque d'argent.
Le premier projet de canal de l'Ourcq est avorté.
En 1680, le Roi Louis IV et sa cour déménagent à Versailles et Marly. Une dérivation de la Bièvre, le drainage de 1500 hectares de plateau et l'énorme machine de Marly, qui débite à elle seule 5000 M3/jour, les y alimentent généreusement en eau

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V /- LE XVIIIème SIECLE

Le XVIIIème siècle voit la naissance à Paris, suivant une politique d'urbanisme fort cohérente, du quartier du Marais, ainsi que des Faubourg Saint-Germain et Saint-Honoré.
En 1738, la ville se voyant contrainte de remédier à l'engorgement du "grand égout", dont le nettoiement fut entrepris puis abandonné en 1735, confie à Turgot, prévôt des marchands, la charge de faire construire latéralement un ouvrage maçonné de 2 m de haut sur 1,8 m de large. Au départ de cet ouvrage, à l'est de Paris, est construit un réservoir de chasse, alimenté par les sources de Belleville. Par l'action de lachures soudaines, il permet de diluer la fange et d'entraîner toutes les stagnations vers la Seine, à l'ouest de la Place de l'Alma.
Le quartier enfin délivré de ses odeurs putrides, devient l'objet de la convoitise des bâtisseurs... la Chaussée d'Antin est née.
L'alimentation en eau n'est pas en reste. Les frères Perier, de riches banquiers, sont autorisés : - "d'établir et faire construire, à leurs frais des pompes et machines à feu propres à élever l'eau de la Seine et de la conduire dans les différents quartiers de la ville et de ses faubourgs, pour être distribuer aux porteurs d'eau dans les rues et les maisons, au prix qui sera réglé de gré à gré".
- "de faire construire, aussi à leurs frais, des fontaines de distribution pour faciliter, à un prix modique, l'approvisionnement des petits ménages et des particuliers qui ne jugeront pas à propos d'avoir chez eux des réservoirs".
Le 27 Août 1778, ils créent la Compagnie des Eaux de Paris.
Quatre pompes à feu sont installées à Chaillot (4200M3/jour). Les techniques sont anglaises, les machines à vapeur Watt sont fabriquées à Soho.
La Compagnie combattue par la profession des porteurs d'eau, et mise en difficulté par la spéculation boursière, disparaît en 1788. Elle laisse à la ville de Paris deux établissements (Chaillot et Gros Caillou), et deux réseaux de conduites en fonte de fer.
La tentative de privatisation a fait tripler le volume d'eau distribuée et début 1800, 8150 M3 sont à la disposition de 700 000 habitants.
Côté évacuation des eaux usées, la situation est la suivante à la fin du XVIIIème siècle :
les eaux pluviales et ménagères sont le plus souvent recueillies par des ruisseaux qui fendent la chaussée en son milieu. Elles s'écoulent, selon la pente, et quand elles ne s'accumulent pas, inondant le voisinage, elles s'engouffrent dans des bouches. Celles-ci donnent sur les quelques lignes d'égouts héritées des siècles précédents. Par ce chemin, les eaux rejoignent la Seine.
En revanche, les excréments humains, et ce, depuis la fin du XIVème siècle, doivent être retenus dans des fosses situées sous les maisons. Les fosses, une fois pleines, sont vidangées, et leur contenu est transporté aux dernières voiries encore existantes (Montfaucon et Bondy).
L'hygiène générale, jointe à la propreté des lieux publics, finira par avoir des effets salutaires. Les fléaux tendent à s'atténuer.

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VI /- DE NAPOLEON 1ER A LOUIS PHILIPPE

De 1800 à 1848, on constate un déplacement vers les agglomérations principales d'un tiers de la population rurale, que la chute des cours du blé, contraint à déserter l'agriculture. Ce mouvement, dû aussi à l'appel de la main-d'œuvre que lancent les industries nouvelles, est très sensible sous l'Empire.
Plus peuplées, les grandes villes, devenues également plus riches, seront agrandies et embellies.
A Paris, toutefois, la rénovation sera assez lente. Le parapluie dont l'usage se démocratise, ne sert pas seulement à se protéger des ondées "célestes", mais aussi du contenu des pots de chambre et il vaut mieux également prendre garde à regarder où l'on met les pieds. La capitale de 1830 est encore à peu près celle du XVIIIème siècle.
L'enceinte fortifiée limite d'ailleurs les possibilités d'élargissement de la cité. Cette ceinture de 1786 sera abattue en 1840 pour faire place aux fortifications de notre époque qui entoureront la ville d'un corset sensiblement moins étroit.
L'obstacle que forme le fleuve tend à s'atténuer, les deux rives sont reliées maintenant par 14 ponts.
Afin d'améliorer l'approvisionnement en eau de Paris, Napoléon, 1er Consul, décrète le 19 Mai 1802, que sera ouvert un canal de dérivation de la rivière de l'Ourcq, qui amènera l'eau à Paris dans un bassin proche de la Villette. La construction dure jusqu'en 1824, sous le règne de Charles X.
En 1841, des travaux complémentaires portent le volume d'eau destiné à la consommation de la ville à 100 000 M3/jour.
Pour les partisans de l'eau de Seine, deux dates sont à retenir;
- En 1848, une pompe à feu est établie en amont du pont d' Austerlitz, et débite 800m3/jour en direction des gares d'Orléans (Austerlitz) et de Lyon, de l'abattoir de Villejuif et enfin de la Salpetrière dont la population est de 7000 pensionnaires.
- En 1851, les pompes de Notre-Dame et du Groscaillou étant abandonnées, la décision est prise de construire à Chaillot de nouvelles pompes devant débiter 30 000 M3/jour, mais toujours en aval du débouché du grand canal.
En 1837, on commence à exploiter une nouvelle méthode : le puits artésien, dont le premier exemple est celui de Grenelle qui après six années de travaux fournit 800 M3.
D 'autres puits seront forés, notamment à Passy. La fontaine de Passy attire toujours les vieux habitants du quartier, des inconditionnels qui considèrent que son eau est plus saine que l'eau de ville ; ceci n'est pourtant plus vrai depuis la chloration des eaux potables.
En l'espace de 50 ans, la quantité d'eau à disposition des Parisiens est passée de
8150 M3 à 132900 M3/jour dont la répartition est la suivante en 1850:

Eau de l'Ourcq 100 000
Eau de Seine 30 800
Eau de Source 1300
Puit de Grenelle 800

Malheureusement, seulement 67 000 M3 de ce volume peut être distribué, faute de canalisations suffisantes.

Cependant, ce manque d'eau courante n'est apparemment cruel pour personne. Le cabinet de toilette n'est pas jugé indispensable sous Napoléon Ier. Un manuel de civilités donne même ce conseil : "Prenez des bains avec précautions et jamais plus d'une fois par mois". La plupart des gens ne se servent que du lavabo sur pieds, de la cuvette, du pot à eau de leur père, un moins petit toutefois. Lorsque l'on se baigne à domicile, c'est une cérémonie qui émeut tout le voisinage. Seuls les célibataires osent fréquenter les bains publics. L'hygiène générale est donc peu développée.
C'est au XIXème siècle que naît réellement le réseau du tout à l'égout Parisien.
Monsieur Egault, Ingénieur des Ponts et Chaussées, fait procéder à un relevé général des niveaux de la ville.
Monsieur Brunesseau, Inspecteur des Travaux de la Ville, fait le relevé topographique des égouts existants. Aidé d'une vingtaine d'hommes, partant de l'amont vers l'aval, il repousse progressivement les boues. Cette tâche rebutante durera 7 ans, allumant des feux de résine pour créer des courants d'air. Afin de motiver les hommes à ce travail épouvantable, une part substantielle des bijoux et des pièces de monnaie égarées depuis plusieurs siècles dans la fange, leur est accordée.
On élabore et exécute ensuite un projet d'assainissement de l'ensemble des quartiers Nord-Est de la Capitale. Le ruisseau central des chaussées est rejeté sur les côtés transformés en trottoirs longés de caniveaux. Des fontaines sont installées sur les points hauts des pâtés de maisons et les bouches d'égouts sont reportées sur les cotés de la voie.
Le service d'enlèvement des boues emploie environ 200 hommes, mais il faut savoir qu'en 1817 le balayage des rues est encore fait exclusivement par les habitants, ce qui ne garantit pas une propreté absolue.
Il faudra une nouvelle épidémie pour que les changements s'accélèrent.
En 1832, le choléra venu du delta du Gange, après avoir transité par Londres, s'abat sur Paris. plus de 18 000 personnes sont décimées et, bien entendu, dans le Paris médiéval aux ruelles étroites et sales. Dans ces quartiers où l'alimentation en eau se fait par des puits et où les déchets sont rejetés dans la rue, les habitants se contaminent eux-mêmes.
Paradoxalement, cette nouvelle épidémie de choléra va avoir sur la capitale, un effet bénéfique.

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VII /- DU SECOND EMPIRE A NOS JOURS - LES GRANDS BOULEVERSEMENTS

En 1856, sous Napoléon III, le Baron Haussmann dans le cadre de ses grands travaux de modernisation de la Capitale, approuve le projet d'Eugène Belgrand pour la création d'un vrai réseau d'égouts à Paris ainsi qu'un réseau de canalisations d'approvisionnement.
Belgrand s'inspire de la "Cloaca maxima" de la Rome Antique. L'objectif de l'époque n'est-il pas de faire de Paris "la vraie Rome du temps présent".
Les objectifs sont les suivants:
-Assurer l'évacuation immédiate des eaux pluviales, le trop plein des fontaines et des bassins, des eaux industrielles et ménagères.
-Recevoir les conduites de distribution des eaux du service public et privé sans que le passage des eaux sales soit obstrué.
-Permettre l'application du système de nettoyage des galeries par des wagons-vannes ou même par des bateaux afin d'évacuer les immondices avant le rejet en Seine des eaux usées.
-Drainer la nappe d'eau qui règne sous le sol parisien afin d'éviter l'inondation des caves lors des grandes crues de la Seine.
-Rejeter les eaux usées en aval de la Seine.
La conception du réseau de Belgrand sera à la mesure de ces objectifs.
Chaque galerie construite abritera en parallèle les conduites d'approvisionnement d'eau correspondantes.
Les galeries secondaires seront toutes prolongées jusque sous les maisons, ceci afin de faire disparaître les fosses existantes. Les eaux ménagères et pluviales de chaque immeuble seront de ce fait rejetées directement à l'égout.
Le diamètre de chaque égout principal ou secondaire sera étudié de manière à ce qu'aucune conduite ne puisse être saturée au risque d'exploser sous la pression. Quatre grands collecteurs sont construits afin d'amener les eaux en aval de Paris à la hauteur de Clichy, ils constituent les artères maîtresses de ce réseau unifié ( le collecteur d'Asnières de part ses dimensions ravira le record du monde au "cloaqua maxima").
Il est impossible de parler des grands collecteurs sans s'intéresser au destin de la Bièvre.
Comme nous l'avons vu précédemment, celle-ci fut pendant des siècles polluée par une exceptionnelle concentration d'artisanat principalement dans son cours inférieur. Son débit fut à plusieurs reprises amputé lors des dérivations successives, faites par Marie De Médicis pour alimenter le Palais du Luxembourg via l'aqueduc d'Arcueil, ainsi que Louis XIII pour alimenter le futur château de Versailles (les eaux étaient retenues en étang et des moulins à vent les relevaient dans un réservoir situé sur la butte de Satory, des conduites en charge les amenaient alors jusqu'au château).
Sous Napoléon III, dans le but d'assainir un peu la situation en aval de la Bièvre, il fut décidé de lui restituer les débits d'eau détournés les siècles précédents afin d'assurer une meilleure dilution de ses rejets. L'effet escompté ne se révéla pas suffisant et il fallut se résoudre à l'inclure et la raccordée au réseau d'égouts Parisien. Ce fut chose faite par le collecteur principal de la rive gauche qui franchissait la Seine en siphon au pont de la Concorde. Il faudra attendre 1910 pour que la Bièvre soit entièrement couverte en section urbaine.

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Seules les eaux de pluie qui risquent d'entraîner une saturation des collecteurs sont rejetées en Seine dans la capitale grâce à l'égout de Sébastopol et à des déversoirs d'orage.
Le réseau se veut donc "unitaire", puisque les eaux usées et pluviales y circulent dans un même flot, et "gravitaire", parce que la pente naturelle du terrain permet la circulation des eaux vers le nord-ouest de Paris par le seul effet de la pesanteur.
Vu l'ampleur des travaux d'urbanisme du Baron Haussmann, l'état prend en charge sa part du budget nécessaire à ces transformations. La ville souterraine de Belgrand suit en profondeur l'évolution de celle d'Haussmann en surface. Le réseau d'égouts mesure 1214 km en 1911, alors qu'il n'était que de 14 km en 1833.
D'autre part, pour augmenter le débit d'été du canal de l'Ourcq, il fut décidé de construire en 1868 deux usines hydrauliques de pompage de l'eau de Marne, l'une d'elles située à Trilbardou comportant deux roues à aubes actionnées par une chute d'eau de 1,20 mètre est capable d'élever 45 000M3/jour d'eau 15 mètres plus haut dans le canal.
Il faut savoir que les eaux sont distribuées à Paris par deux réseaux distincts :
- les eaux de source, exclusivement pour l'eau potable, constituent le Service Privé.
- les eaux de surface (rivières),exclusivement pour le Service Public (curage des égouts, lavage des rues).
Le programme de Belgrand s'achèvera par la dérivation de la Voulzie dernière étape de l'alimentation de Paris en eau potable.
Les maisons et immeubles étaient progressivement tous reliés au réseau d'approvisionnement en eau, et l'on pouvait ainsi lire sur la plupart des façades la fameuse plaque,"Eau et gaz à tous les étages". Paris gagna en confort ce qu'il perdit en convivialité, les rendez-vous quotidiens des habitants auprès des différents points d'eau, moments privilégiés d'échanges et de rencontres, n'étant plus nécessité.
Le problème de la pollution en aval de Clichy au niveau du grand collecteur va maintenant se poser. Il devient nécessaire d'envisager l'épuration des eaux d'égouts avant leur déversement dans le fleuve.
A la suite d'expériences menées dans la plaine de Gennevilliers mettant en évidence la possibilité de traiter les rejets par de l'épandage sur des terres agricoles convenablement drainées, on aboutit à la mise en service progressive entre 1895 et 1905, des champs d'épandage d'Achères, de Carrière-Triel, puis de Mery-Pierrelaye acquis par la ville de Paris et alimentés depuis Clichy par l'émissaire général.
Afin d'acheminer l'eau depuis Clichy, l'usine de relevage qui alimentait jusqu'alors la plaine de Gennevilliers du être modernisée et sa puissance augmentée pour pouvoir envoyer les eaux en siphon sous la Seine. L'usine de relevage de Colombes prend alors le relai et remonte les eaux d'une hauteur de 40 mètres par un pont aqueduc. De là, l'eau circule gravitairement toujours par cet émissaire général, jusqu'aux champs d'épandage d'Achères, de Méry et Carrières sur Seine.
Le maraîchage suite aux expériences menées sur les plaines de Gennevilliers fut retenu comme le plus adéquat des modes de culture. Il fallut choisir des cultures suffisamment rémunératrices pour attirer cette nouvelle main d'œuvre de paysans.

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Le 8 juillet 1899, l'exutoire du collecteur de Clichy qui déversait depuis 1861 ses eaux en Seine fut officiellement fermé et ses eaux déviées vers l'usine de Colombes. Le programme du "tout à l'égout, rien en Seine" était alors une réalité.
Parallèlement, la demande en eau étant toujours plus forte, Jean Alphand, successeur d'Eugène Belgrand décédé en 1879, décide :
- d'augmenter les dérivations des sources de la Dhuis et de la Vanne.
- de procéder à la dérivation de l'Avre
- d'augmenter le débit des usines de St Maur, Austerlitz et Bercy.
- de construire une nouvelle usine hydraulique à Ivry-sur seine.

Cette situation restera satisfaisante jusqu'au lendemain de la première guerre mondiale, mais les observations et la classification du Dr Gérardin datant de 1874 restaient toujours valables. Il classait les eaux de la Seine en 3 Catégories:
- En amont, la Seine "bleue" (claire et sans algues planctoniques)
- Dans Paris et avant Clichy, la Seine "verte" (le déversement d'eaux usées depuis le confluent de la Marne et dans Paris provoquait une croissance d'algues vertes qui donnaient cette couleur caractéristique)
- Après Clichy jusqu'a Bougival, la Seine "noire" (les dépôts organiques fermentés des égouts Parisiens accumulés dans le fond de la Seine lui donnaient une couleur noire).
Par suite de l'évolution démographique, du développement de l'urbanisation des banlieues et de l'accroissement des volumes d'eau consommés, les champs d'épandage devinrent donc insuffisants pour assurer le traitement des eaux usées de l'agglomération.
En 1930, fut ainsi élaboré un programme général d'assainissement, véritable charte de l'assainissement de la région parisienne. Ce programme tend à rassembler la quasi-totalité des eaux d'égouts de l'agglomération sur une station d'épuration unique, implantée en tête des champs d'épandage de la plaine d'Achères, entre la Seine et la forêt de St-Germain. Construite en 5 tranches successives, alimentée par 5 émissaires en éventail, cette station a pour but de couvrir l'agglomération toute entière pour une capacité de 2 700 000 de M3/jour. L'eau sera ainsi épurée, mais aussi, pour une grande partie recyclée pour alimenter à nouveau les réseaux de distribution en eau potable, le reste étant rejeté en Seine.
Ce programme sera complété dans un futur proche, par la construction de deux nouvelles stations d'épuration en amont immédiat de Paris; Noisy-Le-Grand sur la Marne et Valenton sur la Seine

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VIII /- CONCLUSION

L'eau a joué un rôle important dans l'histoire de Paris et parallèlement Paris est à l'origine des traitements des eaux usées. Les temps modernes ont permis d'accéder à la potabilisation de l'eau retraitée.
Après des périodes de pénurie qui se sont prolongées jusqu'au 19ème siècle, où l'eau était encore un bien rare et précieux, la généralisation de l'eau courante liée aux progrès techniques, nous fait paraître comme normale de nos jours, cette situation d'abondance.

Il demeure que nous devons rester vigilants et responsables vis à vis de ce bien si cher (l'épidémie de légionellose de 1998 est là pour nous le rappeler), et cette prodigalitéde l'eau domestiquée ne doit pas nous faire oublier le "temps de la soif", qui n'est pourtant pas si lointain.

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